- Titre
- Rerum Novarum (« Des choses nouvelles »)
- Auteur
- Pape Léon XIII
- Date
- 15 mai 1891
- Type
- Lettre encyclique
- Sujet
- La condition des ouvriers (« question sociale »)
- Portée
- Acte fondateur de la doctrine sociale de l'Église
1Contexte historique
À la fin du XIXe siècle, l'Europe est transformée en profondeur par la révolution industrielle. L'exode rural jette des masses de paysans dans les usines des villes, où règnent des conditions de travail effroyables : journées interminables, salaires de misère, travail des enfants, absence de toute protection. Une nouvelle classe ouvrière, le prolétariat, vit dans une précarité extrême face à une bourgeoisie industrielle qui concentre les richesses.
Dans ce contexte explosif, deux grandes réponses idéologiques s'affrontent. D'un côté, le libéralisme économique, qui érige la liberté du marché et la libre concurrence en principes absolus, sans considération pour le sort des travailleurs. De l'autre, le socialisme — et bientôt le marxisme — qui propose la lutte des classes et l'abolition de la propriété privée. L'Église, jusque-là largement silencieuse sur ces questions économiques nouvelles, est sommée de prendre position. Léon XIII, élu en 1878, va le faire avec une autorité inédite.
2Structure du document
L'encyclique procède en trois temps. Elle réfute d'abord la solution socialiste, jugée injuste envers le travailleur et néfaste pour la société. Elle expose ensuite le rôle propre de l'Église dans la question sociale. Enfin, elle détaille les devoirs respectifs de chacun — l'État, les patrons, les ouvriers — et défend le droit d'association.
3Thèses principales
- 1Le rejet du socialisme. Léon XIII réfute l'idée que la suppression de la propriété privée résoudrait la question sociale. Il défend au contraire le droit naturel de tout homme à posséder des biens, fruit de son travail — y compris, et surtout, pour l'ouvrier qui aspire à devenir propriétaire.
- 2La dignité du travail et du travailleur. Le travail humain n'est pas une simple marchandise soumise à la loi de l'offre et de la demande. L'ouvrier est une personne, dotée d'une dignité que ni le patron ni l'État ne peuvent bafouer.
- 3Le salaire juste. Un salaire n'est pas équitable du seul fait que l'ouvrier l'a accepté : il doit permettre au travailleur de vivre dignement et de faire vivre sa famille. C'est une exigence de justice, pas de simple contrat.
- 4Le rôle de l'État. L'État n'est ni tout-puissant ni absent. Il a le devoir de protéger les plus faibles, de garantir le repos, de limiter le temps de travail et de défendre le bien commun — tout en respectant l'initiative privée et les corps intermédiaires.
- 5Le droit d'association. Les ouvriers ont le droit naturel de se regrouper en associations et syndicats pour défendre leurs intérêts. Ce droit prépare l'essor du syndicalisme chrétien.
- 6La collaboration plutôt que la lutte. Contre la lutte des classes, Léon XIII propose l'harmonie entre capital et travail : les deux sont nécessaires l'un à l'autre et doivent collaborer dans la justice et la charité.
4Citations marquantes
« Une fois la société modifiée, les ouvriers ne pourraient qu'y perdre. »Léon XIII, à propos des conséquences réelles du socialisme pour les travailleurs eux-mêmes.
« Ce serait pécher contre la justice que de ne pas payer un juste salaire. »Rerum Novarum — sur le devoir moral de l'employeur.
5Portée et héritage
Rerum Novarum est unanimement considérée comme l'acte de naissance de la doctrine sociale de l'Église. Elle a ouvert une tradition d'enseignement social qui se poursuit sans interruption depuis plus d'un siècle, chaque pape majeur reprenant et actualisant son message à l'occasion de ses anniversaires : Quadragesimo Anno (Pie XI, 1931, pour les 40 ans), Mater et Magistra (Jean XXIII, 1961), Octogesima Adveniens (Paul VI, 1971), et surtout Centesimus Annus (Jean-Paul II, 1991, pour le centenaire).
Son influence dépasse l'Église : elle a inspiré le syndicalisme chrétien, les partis démocrates-chrétiens, et nourri la réflexion sur l'État-providence au XXe siècle.
6Implications pour notre temps
Plus de 130 ans après, les questions de Rerum Novarum restent étonnamment actuelles. La précarité du travail a changé de forme — ubérisation, travail des plateformes, contrats précaires — mais la question demeure : le travailleur est-il traité comme une personne ou comme une variable d'ajustement ? Le débat sur le salaire décent, sur les inégalités croissantes, sur le rôle de l'État face au marché, prolonge directement les intuitions de Léon XIII.
C'est précisément cette actualité que Léon XIV a voulu souligner en 2026 : la révolution numérique pose, à nouveaux frais, la même question fondamentale que la révolution industrielle.
7Actions concrètes possibles
- S'interroger sur la justice de ses propres pratiques : comme employeur, comme consommateur, comme épargnant.
- Privilégier, quand c'est possible, les entreprises et produits respectueux de la dignité des travailleurs.
- Soutenir ou rejoindre des associations qui défendent les droits des travailleurs précaires.
- Promouvoir, en paroisse ou en entreprise, une culture du dialogue social plutôt que de l'affrontement.
- S'engager pour des politiques garantissant un salaire et des conditions de travail dignes.
- Porter une attention particulière aux nouvelles formes de précarité (travail des plateformes, sous-traitance).
Pour aller plus loin
Texte intégral : Rerum Novarum sur vatican.va
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